05 mars 2006

rup/ture (comment ne pas s'en sortir/quand même)

   
     "Je commence seulement à me rendre compte que c'est important d'avoir un truc qui se passe quelque part, dans le travail ou à la maison, sans quoi on ne fait que s'accrocher. Si je vivais en Bosnie, ne pas avoir de copine ne me paraîtrait pas la chose la plus grave du monde, mais ici, à Crouch End, c'est le cas. Il faut un maximum de lest pour vous empêcher d'aller à la dérive ; il faut des gens autour de soi, des trucs qui se passent, sinon la vie est comme un film lâché par la production - plus de décors, plus de paysages, plus de seconds rôles, plus qu'un type tout seul qui fixe la caméra sans rien à faire et personne à qui parler - et qui croira en ce personnage ? Il faut que je ramène plus de choses, plus de bordel, plus de
détails ici, parce que  pour le moment, je risque de dévaler la pente.
    "Vous avez un peu de soul ?" me demande une femme l'après-midi suivant. Un peu de
soul, un peu d'âme ? J'ai envie de lui répondre : Ca dépend ; certains jours oui, certains jours non. Il y a quelques jours j'en manquais ; maintenant j'en ai des tonnes, plus que je ne peux en vendre. J'ai envie de lui dire que j'aimerais l'écouler de façon un peu plus régulière, mieux équilibrer mon stock, et que je ne trouve pas le truc. Mais je vois bien que mes problèmes de gestion intime ne l'intéressent pas, alors je me contente de lui indiquer le bac où je mets ma "soul", mon "âme" : tout près de la sortie, juste à côté du blues..."

(Nick Hornby, Haute Fidélité, 1997)

Posté par alameda à 18:47 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur rup/ture (comment ne pas s'en sortir/quand même)

    J'aime bcp cet extrait, ça donne vraiment envie de lire la suite.
    C'est un roman ??

    Posté par Maryaù, 05 mars 2006 à 18:52 | | Répondre
Nouveau commentaire